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Iris Apfel, fashionista de 94 ans, au Bon Marché

Iris Apfel, fashionista de 94 ans, au Bon Marché

Des lunettes hublots XXL cerclées de noir – sa signature -, des cheveux blancs coupés court et un regard malicieux : Iris Apfel ressemble à une chouette harfang qui aurait élu domicile à Manhattan. Cette comparaison n’a rien de péjoratif : cette superbe nonagénaire (94 ans !) est un oiseau rare. Toujours vêtue de tenues multicolores, bardée de colliers et de bracelets fantaisie surdimensionnés qu’elle accumule généreusement, l’excentrique Américaine se distingue aussi par son allure exceptionnelle. En Amérique, elle est une légende, icône de mode branchée, qui fait la couverture de magazines pour happy few, collectionneuse d’exception – le Met a exposé ses vêtements les plus incroyables en 2005 -, la « geriatric starlet » (comme elle se surnomme avec un humour décapant) est la star la plus remarquée des front rows et l’amie fidèle de tous les grands créateurs de mode. De passage à Paris dans quelques semaines, Iris Apfel présentera au Bon Marché Rive Gauche dix tenues extraordinaires issues de sa collection particulière.
Aujourd’hui, elle reçoit dans son appartement exubérant, situé au 19e étage d’un très chic « white glove building », sur Park Avenue, Manhattan. Presque centenaire, cette New-Yorkaise pure souche ignore royalement le mot « retraite ». Hyperactive, elle jongle entre les impératifs d’une quinzaine de projets en cours, allant d’une collection de chaussettes ou de bijoux à l’écriture d’un nouveau livre. « Je ne peux pas citer tous mes projets en cours tant ils sont nombreux ! Je bénis le Seigneur de pouvoir continuer à mon âge. »

L’ADN du style

Miss Apfel a grandi dans le Queens, à New York. « À 11 ans, j’ai fait l’école buissonnière pour partir à la conquête de Manhattan. J’y ai découvert Greenwich Village, où j’ai acheté mon premier accessoire : une broche qu’un antiquaire m’a très généreusement laissée pour 65 cents. Je l’ai toujours, d’ailleurs. » Sa passion pour la chine ne la quittera plus. « Ma mère possédait une petite boutique de vêtements, où elle proposait à ses clientes des bijoux fantaisie – ce qui était très avant-gardiste à cette époque-là. Elle avait le don d’accessoiriser n’importe quelle tenue. » Le style serait donc héréditaire ? « Il s’agit davantage d’une question d’attitude. Mais il fait aussi partie de votre ADN. Si vous n’avez pas de style, rien de grave, pas besoin de devenir obsessionnel. Je dis toujours aux gens qu’il vaut mieux être heureux que chic ! » Amoureuse des belles choses, Iris Apfel leur a consacré sa vie. Son diplôme d’histoire de l’art en poche, elle travaille pour la presse et des designers, épouse en 1948 Carl Apfel, avec lequel elle fonde une société spécialisée dans la reproduction de textiles anciens. À l’époque, les styles Louis XV et Louis XVI ont la cote, et les riches clients, de Greta Garbo à la Maison-Blanche, confient leur décoration aux Apfel, qui sillonnent la planète pour les satisfaire. « Chineurs, décorateurs, touche-à-tout, nous nous sommes beaucoup amusés. J’ai découvert Paris dans les années 1950. Les gens et la mode étaient très créatifs et pleins de vie. Aujourd’hui, il est impossible de trouver des pièces originales, sauf en haute couture. Le prêt-à-porter coûte vingt fois plus cher, avec des matières le plus souvent de mauvaise qualité et des coupes pour fillette. C’est absurde. En Amérique, ce sont les femmes entre 60 et 80 ans qui ont le temps et l’argent pour acheter, mais on ne leur propose que des trucs de mémère ! Avec l’obsession de la jeunesse, les créateurs oublient qu’une femme de 70 ans peut être extrêmement chic, encore faut-il qu’elle ait de quoi s’habiller ! »

L’art d’être soi-même

Iris Apfel prône tout simplement la liberté, un domaine dans lequel elle excelle. Elle qui a choisi de renoncer à la maternité pour travailler et voyager, qui a été l’une des premières à porter jean et boots, revendique fièrement une indépendance farouche. « Je me suis toujours habillée pour moi. Si l’on me demandait ce que les gens allaient penser de ma tenue, je répondais que je m’en fichais royalement ! Être soi-même, c’est tout ce qui compte. Cela n’arrive pas tout seul, il faut s’intéresser et s’investir. » Ce drôle d’oiseau parle en connaissance de cause. Sa collection de vêtements, qui remplit deux niveaux de son appartement, auxquels s’ajoutent plusieurs pièces à Palm Beach, s’est savamment étoffée au fil des décennies. « Je ne sais pas coudre, mais je sais transformer les habits. » Par exemple, faire d’un vêtement liturgique un pantalon de ville, mixer chic et cheap ou associer mille colliers pour qu’ils ne fassent plus qu’un. Cette vieille dame très digne possède aussi un solide sens de la repartie. Dans Iris, le film documentaire que lui a consacré le réalisateur Albert Maysles, une séance de shopping à Brooklyn avec le styliste Duro Olowu la montre aux prises avec un vendeur qui justifie le prix d’un sac par le nombre d’heures passées à sa conception par l’artisan. « Ce n’est pas un rapide », rétorque-t-elle avec malice.

Par Gabrielle de Montmorin | Le 18 février 2016 pour le Figaro Madame (Crédit photo Wendell Teodoro/WireImage/Getty Images)

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